samedi 4 avril 2020

Chroniques 2020 \ Iniquité de Salvatore Minni


Une nouvelle absolument déroutante : "Iniquité" de Salvatore Minni, paru aux éditions Lamiroy dans la collection Opuscule.
 
Le pitch : En 2008, Lucas apprend une effroyable nouvelle qui va bouleverser sa vie. Dix ans plus tard, Lucas court toujours après le temps... Jusqu'à ce que celui-ci ne vienne finalement le rattraper...
 
"Chère Aurélie, 5000 mots pour te faire frissonner... Attention à l'ascenseur émotionnel ! Amitiés, Salvatore Minni"... C'est ainsi que l'auteur me dédicaçait son intrigante nouvelle... Le 18 novembre 2018 au Touquet... A présent j'ai envie de me gifler d'avoir tant tardé à la découvrir... Mieux vaut tard que jamais, me direz-vous... Aussi je remercie d'autant plus Salvatore Minni de m'avoir accordé cette petite interview, m'offrant ainsi l'occasion de rattraper cet incommensurable retard... Tout est question de temps finalement, mais aussi d'iniquité...
 
En français littéraire, l'iniquité est une injustice extrême. Un titre judicieusement choisi pour un challenge brillamment réussi ! En effet l'auteur se devait de nous embarquer en 40 pages et 5000 mots, ce qu'il est parvenu à faire sans la moindre difficulté, ne tardant pas à poser les bases d'une histoire apparemment simple mais ô combien bouleversante et rondement menée, pour ensuite nous déchirer le coeur avant de nous prendre au dépourvu puis nous laisser complètement effarés par une fin qu'on n'avait tellement pas prévu...
Et le tour de force réside incontestablement dans le portrait qu'a su dresser l'auteur de son personnage principal, lequel provoque chez nous la compassion puis l'empathie... Avant de nous entraîner à sa suite dans un véritable tourbillon d'émotions, lesquelles sont décidément variées, je puis vous l'assurer.
Le tout est porté par une plume toujours aussi fluide, agréable et élégante, un style vif, percutant et même saisissant pour une histoire qui nous emporte sans délai, qu'on lit presque sans respirer, courant après le temps à l'instar de Lucas afin de savoir ce qui va arriver... Et dont on ressort totalement abasourdi justement parce qu'on n'a rien vu arriver...
 
En bref, une courte nouvelle d'une étonnante intensité : Ce n'est pas un ascenseur émotionnel : Plutôt une chute libre, vous verrez !

Livres et vous ? Livrez-vous... Avec Salvatore Minni !

Oui je sais mes amis... C'est en direct live de Lyon et ses inimitables Quais du Polar que j'aurais dû vous retrouver ce week-end... Probablement épuisée après avoir enchaîné la Foire du Livre de Bruxelles, le Salon du Livre de Bondues, Livre Paris et PolarLens outre un ApéroPolar, une intervention en médiathèque et une soirée littéraire... Mais tellement enchantée de pouvoir retrouver et discuter avec autant d'auteurs et lecteurs sans doute aussi passionnés que votre petite blogueuse déjantée... Oui je sais mes amis... Nous sommes actuellement confinés, assignés à domicile pour une durée indéterminée...
Mais qu'à cela ne tienne : Jamais cela ne m'empêchera de papoter avec vous pour vous rendre cette épreuve plus douce ! Jamais cela ne m'empêchera de partager avec vous mes lectures pour occuper votre temps plus libre qu'à l'accoutumée... Jamais cela ne m'empêchera de vous offrir en plus quelques petites gourmandises littéraires de ma spécialité !
Mes amis j'ai donc l'immense bonheur de vous proposer aujourd'hui une nouvelle interview ! Parce que j'adore partir à la rencontre de ces formidables auteurs pour découvrir à mon tour leurs lectures et le lecteur qui sommeille en chacun d'eux, un petit plaisir que je peux toujours m'offrir et vous offrir par l'intermédiaire de mon petit blog littéraire !
Pour l'occasion j'ai la chance d'accueillir un auteur que j'affectionne tout particulièrement... Non seulement pour son talent fou mais aussi pour son incroyable gentillesse... Sans compter que son éclatant sourire conjugué à une éternelle bonne humeur valent toutes les cures de vitamine C à moindre frais ! Un auteur que j'ai découvert avec son premier roman "Claustrations" - qui a connu bien des vies depuis sa toute première parution - et que j'ai eu la chance de retrouver dernièrement à Bruxelles, nous découvrant d'ailleurs une passion commune pour une certaine auteure répondant au doux prénom d'Amélie...
Oui je sais mes amis, vous l'avez déjà reconnu et je n'ai déjà que trop parlé : C'est effectivement Salvatore Minni que j'ai soumis à mon petit interrogatoire livresque... Mais pas seulement...! Trêve de bavardages, je ne vous fais pas languir plus longtemps et vous laisse à présent découvrir ses réponses... Bonne lecture ! 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?
En quelques mots... Je vais essayer. Je suis du genre bavard, tu m’arrêtes, ok ?
Je m’appelle Salvatore, je suis issu d’une famille dont la devise est "amour, union et entraide", je suis fasciné par l’Asie (sa culture, ses philosophies, sa... cuisine. Je pourrais manger asiatique tous les jours !). Je suis un fan invétéré des Chevaliers du Zodiaque dont je collectionne les figurines (Eh oui !). La famille et les amis sont ce qu’il y a de plus cher à mes yeux... Et j’avoue avoir énormément de mal avec ce confinement. Les vidéoconférences sont une chance incroyable, mais étant quelqu’un de très tactile, pouvoir toucher ceux que j’aime, les serrer contre moi me manque déjà énormément !)
En quelques mots, tu avais dit... J’ai bientôt fini ;-)
Je suis un gars enthousiaste, exigeant, joyeux, râleur (chhhht!), entier et empathique. Je dis souvent en plaisantant à peine que je souffre d’empathie...
Amoureux fou de ma moitié depuis 22 ans, j’estime avoir beaucoup de chance, malgré les difficultés que la vie a pu semer sur mon chemin.
C’est d’ailleurs ça, la vie, non? De merveilleux moments et d’autres moins agréables voire pénibles, ça permet de se rappeler les choses essentielles.

Petit ou grand lecteur : Quelle place tient la lecture dans ta vie ?
Grand lecteur ! D’ailleurs, qui a décidé qu’une journée ne devait faire que 24h ?! Si je le trouve, celui-là, il passera un mauvais quart d’heure !
J’aimerais pouvoir lire davantage, mais entre le boulot, l’écriture, les salons littéraires, la famille, les amis...
La lecture a pris une place immense dans ma vie vers l’âge de 18 ans. Avant ça, je dois avouer que "je n’aimais pas lire" ou du moins, c’est ce que je pensais jusqu’à ce qu’une prof de français me propose LE livre qui a déclenché ma boulimie littéraire.
Je suis sûr que tu te demandes de quel livre je parle.
Il s’agit de "Un animal doué de raison" de Robert Merle. Une révélation.
Depuis, je ne pourrais pas dire le nombre de bouquins qui se bousculent dans ma bibliothèque. Pour te donner une idée, j’ai réalisé un des mes rêves : ma bibliothèque va du sol au plafond.

Quel a été ton premier coup de coeur littéraire ? Et le dernier ?
Mon premier vrai coup de coeur littéraire : "Cosmétique de l’ennemi" d’Amélie Nothomb, suivi de très très près par "Mr Murder" de Dean Koontz.
Le dernier coup de coeur en date... Hmm, réfléchissons... "Le purgatoire des innocents" de Karine Giébel, que j’ai découverte avec ce roman.


Y a-t-il un livre/auteur qui t'a poussé à prendre la plume ? Quel a été ton déclic ?
Les deux auteurs cités plus haut : Amélie Nothomb et Dean Koontz.
En fait, je les ai découverts à la même période. J’avais 19 ans. Même si, comme de nombreux confrères/consœurs, j’ai le sentiment d’avoir toujours écrit (je griffonnais de ci, de là de petits textes, des réflexions, des nouvelles...), c’est vraiment en découvrant la plume de ces deux auteurs que je me suis dit : "Purée, j’aimerais écrire comme eux". Sans aucune prétention de ma part ! Ils sont tellement "intouchables".
Disons que j’ai eu envie de me lancer en étant "poussé" par Amélie et Dean. C’est lors d’un travail d’écriture que ma prof de littérature française à la Fac (Françoise Lalande, écrivaine elle-même), m’a retenu à la fin du cours pour me dire cette phrase que je n’oublierai jamais : "J’ai adoré ce que vous avez écrit. Si vous continuez à travailler, je suis certaine qu’un jour, vous serez publié."
J’ai eu l’occasion de la croiser lors d’une conférence d’auteurs belges, où j’ai pu la remercier. Moment chargé d’émotions.

Ton second roman intitulé "Anamnèse" est paru l'an dernier aux éditions Slatkine & Cie : Peux-tu nous en parler ?
Paru en octobre dernier, oui.
J’ai pris quelques risques avec celui-ci. Surtout dans sa structure très déstabilisante. Si bien qu’il y a les « j’adooooore ! » et les « je déteste ! », pas d’entre-deux. Et tu sais quoi ? Ça me plaît ! Je n’aime pas les demi-mesures.
Donc "Anamnèse"... On assiste à la descente aux enfers de Marie, psychanalyste. Elle passe ses journées à soigner les démons de ses patients alors qu’elle-même est en proie à des cauchemars aussi sinistres que sanglants. Elle y voit une femme poignardée à mort l’implorer. Elle va tenter de découvrir ce qui se cache derrière ces images atroces qui l'assaillent chaque nuit... Des secrets seront dévoilés, des masques tomberont, et la vérité éclatera.
Bien que différent de "Claustrations", tu signes là ton deuxième thriller psychologique : Qu'est-ce qui t'attire vers ce genre, dans lequel tu es désormais passé maître ? Comment procèdes-tu pour travailler tes sujets ?
J’attrape le compliment au vol, le blottit contre mon coeur et te remercie ! Ça me touche !
Pour répondre à ta question, je pense que l’on écrit ce que l’on aime lire. Je ne lis pas les romances ou les romans feel good. Je me nourris de thrillers, de polars, de romans noirs. De Dean Koontz à Maxime Chattam en passant par Barbara Abel ou Graham Masterton.
Lorsque je parle de ma méthode de travail, je me retrouve souvent face à des yeux interrogatifs voire inquiets... (rires)
En fait, je pars d’un thème, l’enfermement pour "Claustrations", le choc émotionnel pour "Anamnèse". Ensuite, un personnage frappe à ma porte, il veut s’exprimer et je le laisse faire. Je travaille à l’instinct. Je laisse le personnage me guider. Il me montre qu’il se trouve dans telle ou telle autre situation. Et j’essaie de comprendre pourquoi. Il m’arrive même de poser la question à haute voix "Qui veut s’exprimer, aujourd’hui ?" - En général, c’est à ce moment que les regards deviennent inquiets ;-)
Je veux être le premier surpris par la chute de mon roman. Donc, je ne calcule rien. Pas de plan ! Ce n’est qu’au moment de la relecture que j’adapte, réarrange, modifie certaines situations, etc. Dans le cas de "Anamnèse", je me suis demandé comme pourrait réagir mon personnage principal à un choc émotionnel. Chacun réagit différemment. Certains s’enferment dans le mutisme, d’autres deviennent violents. Moi, ça me donne des acouphènes...
Et donc, Marie m’a montré comment elle faisait face à ce choc.
Une fois la rédaction terminée, j’ai demandé à l’une de mes proches (psy) de relire certains passages pour éviter de dire trop de bêtises.
Et voilà.
Pour résumer, je m’installe à mon bureau, j’allume un peu d’encens, je récite un mantra, et je me laisse posséder par le personnage du jour.

As-tu déjà une idée pour ton prochain roman ? D'autres projets littéraires en préparation ?
Oui oui, l’idée était déjà présente alors que je travaillais sur "Anamnèse"... Ça se bouscule sans arrêt dans ma tête. Parfois, j’aimerais faire taire toutes ces voix !
Plus sérieusement, j’ai tapé le mot "fin" du roman 3, il y a quelques jours.
Là, j’en suis à la phase relecture/correction/patience/nerfs/réécriture ;-)
Je ne peux pas en parler évidemment, mais disons que le méchant est... très perturbé.

Question pêle-mêle : Quel est...?
  • Ton livre de chevet ? "Lorsque j’étais une œuvre d’art" d’Éric-Emmanuel Schmitt, l’un des livres les plus dérangeants que j’ai lus !
  • Le livre qui cale ta bibliothèque ? "Le nouveau manuel du bricolage"... No comment !
  • Le livre que tu aurais rêvé d'écrire ? "Mr Murder" de Dean Koontz... Et The Others avec Nicole Kidman... Ok ce n’est pas un livre, mais ce que j’aurais aimé l’écrire !!!
  • Ta lecture en cours ? Je viens de terminer "Ils étaient cinq" de Sandrine Destombes et j’ai entamé la lecture de "L’Escalier du Diable" de... Dean Koontz - il vient de paraître, alors...
Si tu devais comparer ta vie à un roman, lequel serait-ce ?
En ce moment, "Claustrations" et "Pandemia" de Franck Thilliez...!
Question bonus... Pour Marc-Olivier ^^ : Auteur, éditeur, libraire, organisateur de salon et agent littéraire de Salvatore Minni... Mais quel est ton secret pour ainsi conjuguer plusieurs vies, avec brio et classe qui plus est ?!
En effet, cela peut surprendre à première vue (Tout comme ta question d’ailleurs, car c’est la première fois qu’on pose une question lors d’une interview "à l’agent de…" :P), mais finalement, quand on y pense, tout est lié. ;-)
Quand on me pose la question de savoir ce que je fais dans la vie, j’ai pris pour habitude de d’abord répondre que je travaille dans les "métiers du livre" car cette réponse semble moins effrayer les gens que lorsque je commence à leur énumérer mes différentes fonctions à rallonge…
Mais comme je disais : tout est lié. C’est en tant que libraire que j’ai rencontré Salvatore Minni (client dans cette librairie). Cette rencontre a rapidement mené à une nouvelle collaboration professionnelle auteur-agent que vous connaissez désormais, mais à l’époque le rôle d’agent n’était pas très répandu dans les milieux littéraires francophones… Cette nouvelle fonction nous a ensuite menés à partir à la rencontre de ses lecteurs sur les routes de Belgique, de Suisse et de France et nous a permis de faire la connaissance avec plusieurs auteurs lors de salons. À un moment donné, lors d’un salon justement à Reims, certains de ces auteurs (Claire Favan, Jacques Saussey et Christos Markogiannakis pour ne pas les citer) nous ont lancé le défi d’organiser un nouveau salon littéraire entièrement dédié à la littérature noire : un an après, le Salon de l’Iris Noir Bruxelles a vu le jour. Pendant ces différents pèlerinages et aventures littéraires, nous avons également pu nous rendre compte que pas mal d’auteurs cherchaient une (nouvelle) maison d’édition et c’est comme cela que l’idée de créer des "Phénix Noirs" est venue et que la librairie dans laquelle je travaillais avant propose désormais non seulement les ouvrages édités par la maison d’édition Phénix Noir, mais qu’elle reçoit également nos différents auteurs pour des rencontres et des animations diverses. La boucle est bouclée ;-)
Le plus important est de le faire avec passion, et coeur. Tant que ces deux seront présents, je continuerai à exercer ces métiers.
Un petit mot pour la fin ?
Simplement merci, Aurélie !
La blogosphère littéraire a grand besoin de personnes comme toi ! Surtout en ce moment... Je tiens d’ailleurs à remercier celles et ceux qui font en sorte que les livres (et leurs auteurs) continuent à vivre malgré le confinement ! Merci aux lecteurs et lectrices aussi pour leurs messages de soutien ! Prenez soin de vous et de vos proches ! Soyez prudents !
A mon tour de te remercier Salvatore, non seulement pour tes gentils mots qui me vont droit au coeur et me touchent d'autant plus en cette période troublée, mais aussi pour t'être prêté si volontiers au jeu de mes petites questions indiscrètes avec Marc-Olivier - à qui on aurait dû poser cette question bien plus tôt, vous en conviendrez ! Sachez que vous me manquez tous les deux ainsi que J-P, et qu'il me tarde de vous retrouver... Ce qui ne saurait tarder, j'en suis persuadée : Il ne sert à rien de déprimer sauf à trouver le temps plus long, alors restons optimistes, les choses finiront bien par s'arranger et les retrouvailles n'en seront que plus belles à n'en point douter !
Et pour patienter je vous invite désormais à (re)découvrir la plume aussi sombre que passionnante de mon cher Salvatore Minni à travers l'un de ses titres, dont vous trouverez mes chroniques par ICI : Lisez-le donc au format numérique pour les plus pressés, à l'heure où nos librairies sont malheureusement fermées... Mais également au format broché pour les inconditionnels et amoureux du papier : En effet la librairie noire est toujours ouverte sur Internet... Et en plus elle livre, n'est-ce pas formidable les amis ? Alors n'attendez plus et foncez par ICI vous procurer "Anamnèse" et "Claustrations" ainsi que sa nouvelle "Iniquité" mais surtout... Surtout : Revenez m'en parler !

jeudi 2 avril 2020

Chroniques 2020 \ Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang de Laurine Valenheler


Formidable découverte que ce polar aussi glaçant qu'original, actuel et engagé : "Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang" de Laurine Valenheler, publié en autoédition et notamment disponible sur Amazon.
 
Le pitch : A l'hiver 2017, la région parisienne se trouve être le sinistre théâtre d'une série de meurtres atroces visant des couples homosexuels et signés d'un triangle de tissu rose comme on pouvait en trouver sous l'Allemagne nazie. C'est une enquête qui s'annonce d'autant plus difficile et délicate pour les lieutenants Maël Néraudeau et Yohann Folembray, ensemble au boulot comme dans la vie privée, que le criminel s'avère à la fois redoutable, insaisissable... Et cela ne fait que commencer...  
 
Pour ma part je n'en dirai pas davantage pour vous résumer ce polar, premier roman autoédité d'une jeune auteure décidément bien inspirée ! C'est à la faveur des réseaux sociaux que j'ai repéré sa couverture sombre et son titre accrocheur, lesquels m'ont poussée à me pencher sur sa quatrième de couverture... Et à l'embarquer vite fait bien fait dans ma liseuse sitôt l'achat effectué !
 
Et force est de constater que j'ai bien fait de suivre mon instinct de lectrice passionnée ! En effet l'auteure nous offre ici une intrigue particulièrement originale et redoutablement bien ficelée, remarquable prouesse pour un premier roman au thème si engagé ! Un thème qui lui tient incontestablement à coeur quand on voit, lit et ressent toute l'énergie qu'elle a mis dans ces lignes pour l'aborder ! Sans rien divulgâcher, nous parlerons ici d'homophobie, une absurdité inhérente à l'humanité d'une navrante stupidité mais toujours tristement d'actualité et dont de trop nombreux ravages sont encore à déplorer. Un sujet révoltant que l'auteure développe ici avec une impressionnante maîtrise doublée d'un triste réalisme, au travers d'une intrigue complexe, à la trame atypique mais prenante à souhait. Si elle en fait peut-être un peu trop parfois, ce n'est que pour mieux dénoncer et éveiller les consciences, ce qui nous touche d'autant plus et nous invite à la réflexion pour que les choses puissent un jour changer.
Mais si l'intrigue est si marquante, c'et aussi parce que l'auteure a su la doter de personnages particulièrement bien campés dans leurs traits comme dans leur personnalité pour, là encore, plus de réalisme et de crédibilité, tant et si bien qu'on se sentira au plus près de leurs péripéties d'un bout à l'autre du récit. Car l'intrigue se concentre autant sur l'enquête que sur ses enquêteurs qu'on appendra à connaître jusque dans leurs failles, leurs blessures et leurs faiblesses, éclairées à la lumière de leur passé. A noter que les autres personnages ne sont pas en reste, chacun ayant sa place à tenir et son rôle à jouer pour un véritable tourbillon d'émotions et de sentiments dont il sera difficile de s'extirper avant que la dernière page ne soit tournée.
Soulignons enfin cette écriture d'une incroyable justesse, cette plume particulièrement riche tout en demeurant fluide, attrayante et dynamique, ce style élégant au travers duquel on ressent tant d'humanité, autant d'éléments qui ne font qu'ajouter à l'intérêt de cette intrigue à la fois percutante et marquante.
 
En bref et au risque de me répéter : Un thriller atypique et épatant... Le premier d'une jeune auteure à suivre, assurément !

mardi 31 mars 2020

Chroniques 2020 \ Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière


Un thriller psychologique d'une rare intensité, qui se lit sans pouvoir se raconter, se ressent sans pouvoir s'expliquer et raisonne en soi longtemps après l'avoir terminé : "Cinq cartes brûlées" de Sophie Loubière, paru aux éditions Fleuve dans la collection Fleuve Noir.
 
Le pitch : Laurence Graissac a sans aucun doute un compte à régler avec le destin... Issue d'un couple modeste en état de mort conjugal avec pour seul compagnie ce grand frère qu'elle admire malgré toute la méchanceté dont il fait preuve à son égard, sa vie démarre à peine et s'annonce déjà comme un parcours semé d'embûches, de blessures, de drames et autres déconvenues... Si elle aspire pourtant à une vie meilleure à l'âge adulte, rien n'est moins sûr... Il va falloir se relever et surmonter, se battre et gagner...
 
Découverte avec "Black Coffee", formidable thriller dont je conserve un souvenir impérissable, Sophie Loubière est une auteure dont je suis attentivement les parutions depuis maintenant quelques années... Aussi est-ce avec un immense plaisir que je l'ai retrouvée cette année avec "Cinq cartes brûlées", son dernier roman que j'ai pu me procurer griffé d'une jolie dédicace en la rencontrant à Auvers Noir, sympathique petit salon consacrée à la littérature noire organisé en début d'année à Auvers sur Oise... L'auteure m'avait conseillée de prendre mon temps pour le bouquiner : Judicieux conseil que j'ai respecté... Et la claque littéraire n'en fut que plus belle, magistrale et mémorable à n'en point douter !
 
Car si je la savais déjà dotée d'un incroyable talent, force est de constater que celui-ci a encore gagné en force et en puissance pour m'assommer, me souffler et me bluffer en moins de temps qu'il ne m'en faut pour vous l'écrire ici...
Plus qu'une simple intrigue, l'auteure nous dévoile en effet le destin de Laurence, personnage atypique et malmené dès son entrée dans la vie, héroïne cabossée qui retient immédiatement notre attention et à laquelle on ne peut que s'attacher sans délai...
Je ne saurais exactement vous l'expliquer mais son parcours m'a profondément touchée, chamboulée pour sans doute laisser son empreinte à jamais gravée dans mon âme tant il a douloureusement raisonné en moi au fur et à mesure que les pages défilaient. Une irrépressible envie de la défendre et de la protéger s'est ainsi emparée de moi dès lors que je l'ai rencontrée... Pour finalement vivre plus que lire tous ces chapitres à ses côtés, le coeur et les yeux rivés à ma lecture à ne même plus pouvoir m'en détacher avant de voir le point final arriver.
C'est donc un livre particulièrement riche en émotions que l'auteur a su nous livrer avec ses personnages si finement croqués, tout en abordant des sujets tout à fait actuels qui ne font que renforcer la profondeur, l'authenticité et la puissance de son intrigue si bien construite et déroulée.
Et comme ce n'était pas suffisant, la plume de l'auteure vient sublimer le tout par sa maîtrise, sa minutie et son élégance, son style à la fois simple, saisissant et percutant pour nous tenir en haleine de la première page jusqu'à la dernière ligne sans qu'il lui soit besoin de trop en faire pour y parvenir.
 
En bref, "l'important, ce ne sont pas les cartes, mais ce que vous en faites" diraient les joueurs de poker... Mais sur le plan littéraire j'ai trouvé mon maître en la matière et c'est incontestablement Sophie Loubière !

lundi 30 mars 2020

Chroniques 2020 \ Qui a tué Jane Mas ? de Magali Vanhoutte


Un polar original, à la fois prenant et chantant, mais pas seulement : "Qui a tué Jane Mas ?" de Magali Vanhoutte, paru aux éditions Nouvelle Bibliothèque.
 
Le pitch : Macabre découverte dans une déchèterie... On retrouve en effet le corps sans vie d'une adolescente étrangement vêtue dans une benne à jouets. Les premières investigations démontrent qu'elle a été droguée puis rouée de coups, mais aussi vêtue comme Jeanne Mas dans l'un de ses clips. C'est une étrange enquête qui démarre pour le Lieutenant Adrien Carpentier et ses coéquipiers...
 
Voilà longtemps que j'attends le retour de cette auteure en librairie... Deux ans précisément, après m'être littéralement ruée sur la malheureuse au Salon du Livre de Bondues en 2018 pour me procurer ses deux premiers titres, alors publiés aux éditions Fleur Sauvage sous le nom de Magali Le Maître. Deux ans donc, et un nouveau livre enfin publié, que je comptais me procurer à Livre Paris... Malheureusement je ne vous apprendrai rien en écrivant ici que les choses ne se sont pas tout à fait déroulées ainsi... Mais qu'à cela ne tienne, je suis une lectrice passionnée et une blogueuse déjantée, il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon coeur et avancer ! Les retrouvailles seront d'abord virtuelles et ma propre dédicace peut bien patienter !
 
C'est donc sans délai que je me suis plongée dans ce bouquin dont la couverture comme le titre ont tout de suite su retenir mon attention pour mieux m'intriguer sitôt la première page tournée. Et l'auteure ne tarde pas à nous happer au coeur d'une intrigue dont le taux de musicalité est incroyablement élevé en plus d'être particulièrement bien construite et bien ficelée. En effet, que vous soyez ou non un amoureux du Top 50, vous vous surprendrez à fredonner quelques chansons de temps à autre tandis que vous tournerez frénétiquement les pages pour connaître le fin mot de cette histoire qui n'est pas forcément celui auquel vous vous attendez. Car sous couvert de cette étonnante remontée dans le temps jusqu'aux années 80, l'auteur aborde des thématiques bien plus profondes et actuelles qu'il n'y paraît pour mieux vous inviter à la réflexion et vous toucher.
Et c'est incontestablement au travers de ses personnages - que nous retrouvons pour certains, sans toutefois qu'il soit nécessaire d'avoir lu les précédents livres pour plonger dans celui-là : Vous pouvez donc découvrir tous les titres dans l'ordre qu'il vous plaira ! - que l'auteure réussit à provoquer chez nous moult émotions en plus de retenir notre intérêt. En effet elle a su les doter d'une psychologique minutieusement travaillée pour y parvenir, en particulier Johnny que je vous laisse le soin de rencontrer.
Soutenue par une plume toujours aussi fine, fluide et agréable, un style à la fois simple, attrayant et soigné, agrémentée de pointes d'humour pour éclairer l'aspect immanquablement sombre de toute intrigue noire qui se respecte, l'histoire n'en est que plus captivante, tant et si bien qu'on la lit d'une traite en toute facilité sans voir le temps passer.
 
En bref, "un thriller psychologique et musical" disait le résumé : C'est tout à fait ça, pour un formidable moment de lecture, à la fois palpitant et un brin décalé !

samedi 28 mars 2020

Chroniques 2020 \ Le courage des autres de Hugo Boris


Quand la simplicité d'un texte lui confère justement toute sa puissance et sa beauté : "Le courage des autres" de Hugo Boris, paru aux éditions Grasset.

Le pitch : Pourtant ceinture noire de karaté, Hugo Boris ne parvient pas à réagir et intervenir autrement qu'en tirant la sonnette d'alarme lorsqu'il est témoin d'une altercation dans le RER. Un évènement qui l'obsède et le pousse à coucher sur papier de multiples instants de vie observés à la dérobée dans les transports parisiens, analysant par la même occasion son propre comportement pour le comparer à celui des autres, et notamment ceux qui osent...

C'est avec le formidable "Police" que j'ai découvert la plume de cet auteur il y a maintenant quelques années... Et tandis que ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographie par Anne Fontaine dont nous pourrons prochainement profiter dans toutes les salles obscures, Hugo Boris revient quant à lui en librairie avec ce nouveau titre... Absolument différent car reflet d'éléments autobiographiques... Mais empreint de cette même humanité qui m'avait déjà tant marquée par le passé...
En observant attentivement les voyageurs dans les transports parisiens, Hugo Boris nous offre toute une série de portraits, tout un panel de situations diverses et variées que nous avons/aurons, nous aussi, l'occasion de croiser au cours de notre vie à un moment donné. Mais en les notant, les retenant, en les rendant éternels de sa plume, Hugo Boris devient le témoin privilégié d'une époque et d'une société. Car en prenant du recul sur son propre comportement vis à vis des autres, il nous permet d'en faire autant... Pour constater que nous ne sommes sans doute pas si différents : Comment aurions-nous réagi à sa place ? Aurions-nous fait preuve de davantage de courage ? parce qu'il y a un monde entre ce que nous nous pensons capables de faire et ce que nous faisons réellement une fois mis en situation... Ce monde, c'est bel et bien le nôtre, et c'est ce qui rend ce texte pourtant simple si puissant.
Parce que l'auteur nous désarme d'une écriture affûtée et nous frappe de son humanité, de sa sensibilité, de sa sincérité. Il n'est pas là pour juger ou critiquer, simplement là pour témoigner, pour partager et il le fait d'une plume humble et touchante, délicate et poétique, avec un style plein de justesse et de finesse pour un moment de lecture certes court mais intense et efficace.
En bref, voici un petit concentré du monde actuel à l'usage des êtres humains... Faites-en bon usage, il pourrait raisonner en vous bien plus que vous ne le pensez...

vendredi 27 mars 2020

Chroniques 2020 \ Un jour tu paieras de Pétronille Rostagnat


Une belle découverte que cette auteure à la plume plus sombre et redoutable qu'il n'y paraît : "Un jour tu paieras" de Pétronille Rostagnat, paru aux éditions Marabout dans la collection BlackLab.
Le pitch : Tandis que la police multiplie les investigations pour déterminer ce qui a bien pu arriver à la jeune Océane Hallard avant qu'elle ne soit retrouvée inconsciente dans un fossé aux abords d'une forêt, Maître Pauline Carel est quant à elle chargée au titre de la commission d'office de défendre les intérêts de Mathieu Murlot, brillant étudiant en médecine et principal suspect dans une affaire portant sur un double homicide... Mais il est difficile d'avancer dans ces deux enquêtes dès lors que la victime comme le mis en cause se murent dans un silence inexpliqué...
Si elle signe déjà son quatrième roman cette année, j'ignorais pourtant tout de cette auteure jusqu'à la parution de ce dernier. Dès lors il était temps pour moi de la découvrir et de la rencontrer, ce que j'ai eu la chance de faire aux AcadéNîmes du Polar, formidable festival qui se tenait à Nîmes les 14 et 15 février derniers. C'est à cette occasion que je me suis finalement procurée ce titre, dans lequel je n'ai pas tardé à plonger, ma curiosité piquée au vif et mon intérêt aux aguets...
Je dois pourtant vous avouer qu'au démarrage les choses étaient mal engagées. Si je trouve l'auteure fort charmante et très sympathique, il en était tout autrement de son héroïne de papier que j'avais tout bonnement envie de claquer quand j'ai l'ai rencontrée, tant je la trouvais exagérément carriériste et ambitieuse, hautaine et imbue de sa personne du haut de ses petits talons de cinq centimètres... Le terme de "connasse" m'a même effleuré l'esprit à un moment donné... Alors si on ajoute à cela l'apparente volonté de l'auteure à vouloir coller au plus près de la réalité pour dérouler son intrigue selon les règles édictées par le Code de procédure pénale... Quand on connaît mon métier, on comprendra aisément que je me suis dit "Ma petite Pétronille, toi et moi nous n'allons peut-être pas être copines..."
Et bien force est de constater que je me suis trompée ! Parce que l'auteure a finalement su m'embarquer dès les premiers chapitres dans une intrigue de très belle qualité, particulièrement bien pensée et bien ficelée, qu'on ne peut même pas lâcher sitôt qu'on l'a commencée. Une intrigue qui démarre sur les chapeaux de roue et nous entraîne effectivement dans les arcanes du système policier, pénitentiaire et judiciaire dont les règles et principes sont globalement respectés et les failles et travers judicieusement soulevés. Une intrigue qui ne cesse de se ramifier au fur et à mesure des chapitres, nous baladant de révélations en fausses pistes tandis que l'auteure distille ça et là quelques indices avec beaucoup de subtilité, maintenant dès lors son suspense avec brio et nous tenant en haleine jusqu'aux dernières lignes, avides que nous sommes de connaître la vérité.
Si j'ai un temps mésestimé notre principale protagoniste comme j'ai déjà pu vous l'indiquer, c'est parce qu'il me fallait d'abord apprendre à la connaître pour mieux la cerner, déceler ses failles, remonter son passé, découvrir ses secrets... Pour finalement quitter une  héroïne atypique, une femme de caractère très investie, que je serais ravie de retrouver dans un prochain opus. Autrement dit l'auteure a su doter ses personnages - Pauline comme les autres - d'une véritable personnalité, avec beaucoup de qualités mais aussi une part d'ombre pour plus de crédibilité et un attachement qu'on ne peut dès lors empêcher.
Dès lors on prend beaucoup de plaisir à lire cette histoire servie par une plume fluide, simple et agréable, un style efficace et soigné, rythmée par des chapitres courts qui nous poussent ainsi à les enchaîner sans voir le temps passer.
En bref, c'est finalement un page-turner prenant à souhait que l'auteure a su nous livrer : Ma chère Pétronille, pardon d'avoir douté : c'est donc avec plaisir que je vous retrouverai, toi et Pauline, pour une prochaine aventure !