samedi 30 juillet 2016

Livres et vous ? Livrez-vous... Avec Henri Duboc !


Souvenez-vous... Voilà bientôt un mois, je lançais cette nouvelle rubrique, pour laquelle je décidais de partir à la rencontre de ces acteurs essentiels à notre beau monde littéraire, ce afin de découvrir leurs lectures et le lecteur qui sommeille en chacun d'eux...

C'est aujourd'hui Henri Duboc qui me fait l'immense honneur de se prêter au jeu de mes petites questions indiscrètes! Ayant eu la chance de le rencontrer à l'occasion de la soirée Bookeen, organisée le 16 juin à Paris, cet auteur d'un premier roman, "Après.com", paru aux éditions Velours en 2012 (sous le pseudo Henri Gé), nous présentait ce soir-là son dernier bébé, "Dieu 2.0 - La Papesse Online", paru fin 2015 aux éditions Lajouanie. Je ne pensais certes pas être la lectrice la plus "adaptée" pour un tel roman... Pour autant l'enthousiasme qui a animé cet écrivain/médecin/chercheur/professeur/étudiant (Si, si, tout ça en une seule et même personne, fort sympathique au demeurant!) a suffi à me convaincre, et c'est finalement avec un immense plaisir que je partageais avec vous mon coup de cœur tout récemment!

Trêve de bavardages, je ne vous fais pas languir plus longtemps et vous laisse donc découvrir ses réponses… Bonne lecture !
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
J’ai 37 ans, je suis maître de conférence des universités et praticien hospitalier.  Médecine, enseignement et recherche sont des métiers que je fais très sérieusement, mais sans jamais me prendre au sérieux ! J’aime l’esprit de compagnonnage, d’échange, j’aime jouer collectif et porter des dynamiques qui tirent les gens et les équipes vers le haut. Je déteste les idées préconçues et les donneurs de leçon, j’aime les projets et les résultats… Et je suis surtout un jeune papa très heureux qui fait passer sa famille avant tout le reste !
Petit ou gros lecteur ? Quelle place tient la lecture dans ta vie ?
Je n’ai malheureusement pas assez de temps pour lire ! Petit lecteur quantitativement, grand lecteur qualitativement : une fois qu’un auteur me plait, je vais lire et relire plusieurs fois tout ce qu’il a écrit… En revanche, si je ne rentre pas dans un livre dans les 30 premières pages, ne comptez pas me revoir. Mes lectures ont dans ma vie une place fondamentale, un peu comme un bijou : on n’en a pas beaucoup, mais on y fait très attention et on les entretient souvent.
Ce sont d’abord des romans bien précis qui m’ont profondément façonné à l’adolescence. A l’âge de 15 ans, l’école m’avait foncièrement dégouté de la lecture à coup de classiques que je n’étais pas prêt à lire (J’ai rendu ma fiche de lecture du "Rouge et le Noir" de Stendhal sans avoir pu le terminer…)
Bref, il ne me restait que Gaston Lagaffe : fasciné, je ne comprenais pas comment de simples planches de papier dessinées puissent avoir un tel pouvoir, capables de faire passer de pareilles émotions - Franquin en l’occurrence usait de celui de faire éclater de rire. Je les lisais et relisais sans cesse… Jusqu’au déclic, quand  j’ai retrouvé par la suite ce même "pouvoir" qu’ont les livres de vous rendre captif d’une histoire chez certains romanciers ou biographes. C’était d’autant plus fascinant qu’il ne restait plus que le texte, sans les images.
Quel a été ton premier coup de cœur littéraire ? Et le dernier ?
Mon premier coup de cœur a été une "révélation": un ami de mes parents - très grand lecteur et capable de lire de tout - m’avait offert "Les Robots" d’Isaac Asimov et "Les Chroniques Martiennes" de Ray Bradbury. C’était la première fois que je touchais une couverture de science-fiction : la curiosité est venue, comme cela correspondait aux attentes d’un adolescent nourri à Star Wars, je m’y suis mis, partant à la recherche de lasers et de monstres verts. Que nenni, la gifle fut énorme : les réflexions sur la condition humaine, glissées dans ces histoires et ces décors, donnaient une texture formidable à ces récits. Ce n’étaient en rien des aventures extraterrestres, mais d’authentiques « aventures humaines », au sens « humanité » du terme. Ces deux romans ont préparé le terrain à "Hypérion" de Dan Simmons. Le coup de cœur fût là. Tout n’était que beauté, poésie et émerveillement devant des mondes superbement bien pensés et anticipés, dans des pavés que je ne me serais jamais cru capable de lire.

Mon dernier coup de cœur littéraire ? J’en ai trois dont je parle tout le temps ! L’excellente biographie de Louis Pasteur par Erik Orsenna, un véritable hommage au génie de Pasteur. "Les Lucioles" de Jan Thirion, un roman court, poignant, qui explique aux enfants ce qu’est le totalitarisme… Et l’inénarrable "Je m’appelle requiem et je t’…" de Stanislas Petrosky, une résurrection de Frédéric Dard qui ne se destine pas à tous les yeux, bourré d’argot vert et outrageusement fleuri…

Y a-t-il un livre/auteur qui t’a poussé à écrire ? Quel a été ton déclic ?
Aucun auteur ne m’a poussé à écrire, nous ne sommes absolument pas littéraires dans ma famille, et si on m’avait dit qu’un jour j’écrirais des bouquins, je l’aurais pris comme une mauvaise plaisanterie… Toutefois, mes parents invitaient souvent un ami historien, Michel Herubel, qui a notamment signé un fabuleux "Surcouf", et ça marque tout de même un enfant que de rencontrer quelqu’un qui écrivait "pour de vrai".

Mais pour le vrai déclic, il y a une petite histoire qui vaut le détour : c’est venu du mon métier de médecin, pendant une garde calme en réanimation, quand j’étais interne au CHU de Nîmes. Un stage génial : des semaines de 60 heures, on se serrait les coudes, les chefs et l’équipe soignante étaient composés de gens extraordinaires à tout point de vue, professionnels, humains… Parce que de l’autre côté de la blouse, vous encaissez des horreurs, vous voyez des patients - jeunes ou âgés – souffrir, mourir, parfois sans rien pouvoir y faire, vous apprenez à gérer des coups de stress à la manière d’« Urgences », et vous parlez avec des familles dévastées par le malheur…  Bref, tout cela vous travaille inévitablement et inconsciemment. Ce soir-là,  j’étais épuisé, et mon chef me dit "c’est calme, on est plein, va te coucher, j’ai des trucs à rédiger donc je gèrerai s’il y a un souci". Et impossible de dormir. Un besoin de faire sortir tout cela. Je me suis mis au clavier et j’ai commencé à romancer un chapitre parlant de médecine, puis deux… Puis je les ai envoyés à des camarades, qui m’ont dit "c’est bien, continue…". J’y revenais tous les six mois. Au bout de deux ans, il devait y avoir huit chapitres jetés dans mon ordinateur, et un fil conducteur. Et quand j’ai vu le ventre de ma femme s’arrondir, je me suis dit "c’est maintenant ou jamais!". En deux week-ends "café - peignoir - chaussettes de ski - pas mangé - pas rasé", mon premier roman "Après.com", qui parle de fin de vie et d’éternité numérique via internet, était terminé.

Quel livre aurais-tu rêvé d’écrire ?
Honnêtement, aucun : ce serait une sorte d’appropriation bizarre, je respecte trop les auteurs et les livres pour prétendre écrire le livre d’un autre. En revanche, je rêve souvent d’avoir connu Sir Ernest Shackleton, j’aurais aimé écrire sous sa dictée "L’Odyssée de l’endurance", et avoir la chance de connaître cet homme fabuleux :  l’histoire véritable d’un explorateur polaire, parti à la veille de la guerre de 14, et perdu deux ans sur la banquise… Eh bien il a ramené tous ses hommes vivant. Alors l’entendre de la voix de Shackleton lui-même….
 
Si tu devais comparer ta vie à un roman, lequel serait-ce ?
Là, je sèche totalement… J’aime beaucoup "Les aventures de Cordelia Vorkosigan", de Loïs Mac Master Bujold, c’est de la SF chevaleresque écrite par une femme à l’imagination sans fin et souvent primée. Je dirais que j’aime les risques que prend son personnage principal, pour l’avenir de sa famille, souvent en suivant son cœur et ses intuitions… Et que j’aimerais construire un futur comme celui-là pour ma propre famille.

Quel est ton livre de chevet ? Et celui qui cale ta bibliothèque ?
Mon livre de chevet fut longtemps "Fred Scamaroni, mort pour la France", de Marie-Claire Scamaroni, l’histoire d’un grand résistant Corse. Ceux qui qualifient - un peu à l’excès - les grands sportifs de "héros" devraient consacrer quelques heures à ce livre.

Celui qui cale ma bibliothèque, ce sont "Les Thibault" de Roger Martin du Gard, en bon appui sur "La Princesse de Clèves" de Mme de La Fayette, qui elle-même s’appuie copieusement sur je ne sais plus quel Stendhal... Je suis désolé, j’ai essayé, plusieurs fois, mais je n’ai jamais eu le déclic, et je pense qu’il en viendra jamais.
Que nous prépares-tu pour ton prochain roman ?
Le tome 2 de "Dieu 2.0", et le tome 3 qui viendra clore l’histoire ! J’ai rendu le manuscrit corrigé de l’épisode 2 tout récemment… Le premier était harmonieux, posait l’univers et vous présentait ces personnages atypiques et attachants… Et bien dans celui-là, on va aller vers quelque chose qui rentre plus dans le vif du sujet. Plus sombre, plus pragmatique… Beaucoup plus d’aventures, et une première partie sur les chapeaux de roues… Toujours autant d’imagination et de construction, avec une "vraie" promenade dans le futur, et un personnage énigmatique dont vous ne comprendrez l’origine et la fonction... Que dans le tome 3 ! Disons qu’on quittera le tome 2 avec une tonne de questions et que le tome 3 se finira… Motus !
Un petit mot pour la fin ?
Il est simple : merci à des gens comme toi de faire vivre les livres. Les bloggeuses et bloggeurs, vous avez réinventé la critique littéraire, vous vous l’êtes réappropriée, vous l’avez ré-humanisée, par le fait que vous lisez les livres véritablement, que vous faites un travail de fourmi, de passionnés, là où certains professionnels ne font que des survols rapides et souvent trop conventionnels. Vous y passez un temps fou, bénévolement, vous êtes de tous les salons, et la qualité de l’engagement à, au fil du temps, rejoint la qualité de rédaction des critiques ! En littérature, on ne peut pas tout aimer : aussi,  quand on commence à s’attacher à un blog qu’on apprécie, on est finalement assez en accord avec ce qu’on lit dans les avis, et cela devient de véritables bons conseils... Parce que vous écrivez toujours en pensant au lecteur, et au plaisir de la lecture. Alors merci !

Voilà donc le lecteur qui se cache derrière ce formidable auteur, dont les derniers mots m'ont particulièrement touchése! Je ne le remercierai jamais assez pour avoir pris le temps de répondre à mes questions.
Retrouvez Dieu 2.0 - La Papesse Online, publié aux éditions Lajouanie, dans toutes les bonnes librairies ! Et pour plus d’informations, retrouvez ma chronique ICI !
Et bien sûr tenez-vous prêts pour la sortie du tome 2 "Bye Bye Internet" le 23 septembre 2016 !